J’ai été développeur.
Je livrais des fonctionnalités. Plein de fonctionnalités. Celles qu’on me demandait.
Et puis un jour, j’ai réalisé un truc assez violent : une bonne partie de ce que je produisais ne servait à rien.
Pas vraiment utilisée. Pas comprise. Pas adoptée. Parfois même pas nécessaire.
Des semaines. Des mois de travail.
Pour des fonctionnalités qui finissaient oubliées dans un menu, ignorées par les utilisateurs, ou contournées dès que possible.
Ce moment-là a été un vrai point de bascule.
Je me suis demandé ce que j’avais loupé.
À l’époque, j’avais encore une vision très “logique” du numérique. Je pensais qu’une interface devait surtout être rationnelle. Que si une fonctionnalité était utile, les gens allaient forcément l’utiliser. Qu’avec un parcours techniquement correct, le produit était bon.
Quelle erreur monumentale !
J’ai lu. Beaucoup.
J’ai découvert l’UX, la psychologie cognitive, les biais, la perception, la confiance, la charge mentale, les émotions.
Et j’ai ouvert les yeux.
J’ai compris que dans une interface, tout n’est pas seulement une question de logique.
C’est aussi, et surtout, une question de ressenti.
Est-ce que je comprends vite ?
Est-ce que je me sens en confiance ?
Est-ce que j’ai peur de me tromper ?
Est-ce que je sais ce qui va se passer après ?
Est-ce que j’ai l’impression qu’on m’aide… ou qu’on me pousse ?
Est-ce que ça me donne envie de continuer ?
Quand une personne découvre une offre, s’inscrit sur une plateforme, commande un service, remplit un formulaire ou utilise une application, elle ne fait pas qu’analyser.
Elle ressent.
Et souvent, c’est ce ressenti qui décide si elle poursuit… ou si elle abandonne.
Depuis, j’ai arrêté d’empiler les fonctionnalités.
J’essaie plutôt de comprendre : ce que les utilisateurs cherchent vraiment, ce qu’ils comprennent réellement, ce qui les rassure, ce qui les bloque, ce qui leur donne envie d’aller plus loin.
Aujourd’hui, c’est ce que je cherche à identifier dans mes audits UX : les endroits où un produit perd de la valeur.
Là où l’utilisateur doute. Là où il ne comprend pas. Là où il abandonne. Là où une fonctionnalité utile n’est pas utilisée, simplement parce qu’elle est mal amenée.
Un bon produit, ce n’est vraiment pas celui qui a le plus de fonctionnalités. C’est celui qui aide les bonnes personnes à faire la bonne chose, au bon moment, sans les perdre.
Et souvent, avant d’ajouter encore une fonctionnalité, la meilleure décision produit, c’est de comprendre pourquoi celles qui existent déjà ne sont pas assez utilisées.